Champ de betterave sucrière et abeilles illustrant la loi Duplomb 2 et l’acétamipride en 2026

Loi Duplomb 2 en 2026 : ce que l’acétamipride va vraiment changer pour la betterave et la noisette

Un second texte est sur la table, et il ira plus loin que le premier. Déposée le 30 janvier 2026 par le sénateur Laurent Duplomb, la proposition de loi surnommée « Duplomb 2 » veut réautoriser deux insecticides interdits — l’acétamipride et le flupyradifurone — sur la betterave sucrière, la noisette, la pomme et la cerise. Sa version finale a été présentée le 2 avril 2026, et ses promoteurs espèrent la greffer sur la loi d’urgence agricole, examinée à l’Assemblée en mai puis au Sénat en juin. Pour un planteur de betteraves ou un producteur de noisettes, la question a quitté le terrain du symbole : elle se tranchera cette année.

Reste à comprendre ce que ces molécules font réellement aux cultures, aux sols et aux insectes — au-delà des slogans des deux camps. Voici les repères agronomiques et réglementaires utiles avant que le calendrier parlementaire ne s’emballe.

Pourquoi un deuxième texte après la première loi

La première loi Duplomb a bien été promulguée — mais amputée de son article le plus disputé. Le 7 août 2025, le Conseil constitutionnel a retoqué la dérogation qui rouvrait la porte à l’acétamipride, estimant son encadrement trop lâche au regard de la Charte de l’environnement. C’était la première fois que les Sages s’appuyaient sur cette charte pour invalider un article de loi. La mobilisation citoyenne avait pesé : la pétition déposée à l’Assemblée avait franchi les 2,1 millions de signatures.

Plutôt que d’abandonner, les sénateurs ont réécrit. La nouvelle mouture cible des dérogations plus courtes et limitées « aux filières les plus en difficulté », précisément les angles que la décision de 2025 reprochait au texte initial. L’avis rendu par le Conseil d’État début avril 2026 est toutefois resté sévère, ce qui laisse planer un doute sérieux sur la solidité juridique de la démarche.

Repères chronologiques (2025 → 2026)

Date Étape
8 juillet 2025 Adoption définitive de la loi Duplomb 1 par le Parlement
7 août 2025 Censure de la réintroduction de l’acétamipride par le Conseil constitutionnel
30 janvier 2026 Dépôt de la proposition de loi « Duplomb 2 »
2 avril 2026 Présentation de la version finale, après l’avis du Conseil d’État
Mai 2026 Examen visé à l’Assemblée nationale (via la loi d’urgence agricole)
Juin 2026 Passage visé au Sénat

Acétamipride et flupyradifurone : deux molécules, pas une

Le débat s’est cristallisé sur l’acétamipride, mais le texte de 2026 ajoute une seconde substance, le flupyradifurone. Les deux appartiennent à la famille — ou à la parenté chimique — des néonicotinoïdes, ces insecticides systémiques qui circulent dans la sève de la plante au lieu de rester en surface. C’est ce qui les rend efficaces contre les pucerons vecteurs de la jaunisse de la betterave… et c’est aussi ce qui inquiète, car la molécule se retrouve potentiellement dans le pollen et le nectar.

Sur le plan réglementaire, la situation est paradoxale : l’acétamipride est interdit en France depuis le 1ᵉʳ septembre 2018 (loi de reconquête de la biodiversité de 2016), alors qu’il reste autorisé dans l’Union européenne jusqu’en 2033. Les défenseurs du texte y voient une distorsion de concurrence ; ses opposants rappellent que le flupyradifurone, lui, n’a pas fait l’objet d’une évaluation complète de ses effets sur les organismes non cibles.

Ce que change Duplomb 2 par rapport à Duplomb 1

Critère Loi Duplomb 1 (2025) Loi Duplomb 2 (2026)
Substances Acétamipride Acétamipride + flupyradifurone
Cultures visées Betterave (principalement) Betterave, noisette, pomme, cerise
Durée de dérogation Cadre jugé trop large Dérogations courtes, encadrées dans le temps
Statut Article censuré (août 2025) En cours d’examen (2026)

Ce que dit vraiment la science sur les insectes non cibles

L’argument central des opposants tient en un mot : les pollinisateurs. Parce qu’ils sont systémiques, ces insecticides ne visent pas que le ravageur ciblé : ils peuvent atteindre les abeilles, les bourdons et une partie des insectes auxiliaires. Côté flupyradifurone, l’association Générations Futures a recensé, au 1ᵉʳ mars 2026, 72 études sur ses effets sur des organismes non cibles qui n’avaient pas encore été évaluées par l’EFSA, l’autorité européenne de sécurité des aliments.

Le sujet dépasse d’ailleurs la seule abeille domestique. C’est tout l’équilibre des populations d’insectes — pollinisateurs comme prédateurs — qui se joue, dans un contexte où la pression d’espèces invasives complique déjà la donne pour les ruchers. Pour faire la part entre alertes militantes et données vérifiées, une Loi Duplomb passée au crible de la littérature scientifique permet de remettre les ordres de grandeur à leur juste place.

Les promoteurs du texte avancent de leur côté que l’acétamipride est l’un des néonicotinoïdes les moins persistants et qu’il est, à ce titre, toujours homologué chez nos voisins. Le cœur du désaccord n’est donc pas tant l’existence d’un risque que son ampleur acceptable face au manque de solutions de remplacement immédiates.

Les alternatives agronomiques, où en est-on vraiment

Des pistes existent, mais aucune ne remplace encore la chimie à elle seule sur la betterave. Le plan national de recherche et innovation (PNRI), lancé début 2021, explore plusieurs leviers que les exploitations testent déjà au champ :

  •     Plantes compagnes : bandes fleuries et cultures associées pour attirer les prédateurs naturels du puceron.
  •     Variétés tolérantes : sélection de betteraves moins sensibles à la jaunisse virale.
  •     Lutte biologique : lâchers d’auxiliaires (coccinelles, chrysopes) et bio-contrôle.
  •     Décalage des semis et observation : piloter les interventions selon le seuil réel de présence du ravageur plutôt qu’en préventif systématique.

Ces pratiques culturales montent en puissance, mais leur efficacité reste variable d’une parcelle et d’une année à l’autre. C’est précisément cette zone grise — efficacité partielle des alternatives, pression économique sur les filières — qui nourrit le retour régulier du débat législatif.

Calendrier 2026 : les prochaines étapes à surveiller

Rien n’est voté à ce stade, et le texte reste suspendu au calendrier de la loi d’urgence agricole. Les sénateurs souhaitent y insérer le dispositif, avec un passage en discussion à l’Assemblée nationale au mois de mai, puis au Sénat en juin. D’ici là, l’avis critique du Conseil d’État et la jurisprudence de 2025 pèseront lourd : un nouveau recours devant le Conseil constitutionnel est largement anticipé si le texte est adopté en l’état.

Pour les exploitations concernées, la prudence consiste à suivre l’avancée parlementaire sans surinvestir dans une seule hypothèse : ni le retour automatique des néonicotinoïdes, ni leur exclusion définitive ne sont aujourd’hui acquis.

Questions fréquentes

L’acétamipride est-il autorisé ailleurs en Europe ?

Oui. Il est interdit en France depuis le 1ᵉʳ septembre 2018, mais reste homologué dans l’Union européenne jusqu’en 2033, ce qui alimente l’argument de la distorsion de concurrence.

Quelles cultures sont concernées par la loi Duplomb 2 ?

La betterave sucrière en premier lieu, puis la noisette, la pomme et la cerise, via des dérogations encadrées et limitées dans le temps.

La loi Duplomb 2 est-elle déjà adoptée ?

Non. Déposée fin janvier 2026 et finalisée début avril, elle est en cours d’examen, avec un passage visé à l’Assemblée en mai et au Sénat en juin 2026.

Pourquoi parle-t-on autant des abeilles ?

Parce que ces insecticides sont systémiques : ils circulent dans la plante et peuvent se retrouver dans le pollen et le nectar, exposant les pollinisateurs et une partie des insectes auxiliaires.

Quelle différence entre acétamipride et flupyradifurone ?

Tous deux sont visés par le texte, mais le flupyradifurone est moins connu et ses effets sur les organismes non cibles ont été beaucoup moins évalués à ce jour.

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